IRONMAN 70.3 COLOMBO : Unité dans la diversité

Les triathlètes ont désormais une bonne raison de se rendre au Sri Lanka. Fin Février s’est déroulé pour la deuxième année l’Ironman 70.3 de Colombo, capitale du Sri Lanka. Une occasion de s’immerger dans le triathlon à la mode asiatique. Pour la rédaction de RESPIREZ, c’était également l’occasion d’observer le concept de «racation» (terme Anglo saxon, contraction de Race (ou course) et de Vacations (vacances)). Cette pratique de nombreux athlètes consiste à combiner la participation à une course, prolongée par un séjour touristique permettant de découvrir le pays et ses atouts en termes de Sports Nature.

Texte : Eric Delattre 

Photos : Eric et Malaury Delattre - SAGARA

Quand on vient faire un Ironman 70.3 à Colombo, capitale du Sri Lanka, on fait un double voyage. Tout d’abord on voyage en terrain connu car le label Ironman propose une organisation similaire à toutes ses compétitions. C’est ce standard de qualité que viennent chercher nombre de coureurs habitués du circuit. Ces repères peuvent sembler rassurants. On retrouve le briefing d’avant course, les tapis rouges du parc à vélo, la liste des inscrits qui compose le logo, les tatouages logotés, les bouées et le balisage aux couleurs Ironman. Tout y est, vous êtes bien là pour faire un Ironman 70.3. Vous allez donc enchaîner 1,9 km de natation dans l’océan indien, 90 Km en trois boucles de 30 km sur le bord de l’océan et 21 km en trois boucles également de 7 km, toujours sur le front de l’océan.

Mais à bien y regarder vous êtes aussi partis pour un voyage en terres inconnues. Ce n’est pas tous les jours qu’on se baigne dans l’océan indien, que la Natation se déroule sans combinaison dans une eau à 27°C, que la course à pied se fait sous une température de 34°C avec un fort taux d’humidité et que l’on traverse une base militaire. Cette course a son passage mythique similaire au fameux «Energie Q Lab» (pour les connaisseurs d’HawaÏ). En effet dans une base militaire, le parcours vélo se prolonge le long d’un quai où le béton des digues restitue sur plus de 2 km la chaleur déjà étouffante.

En fait, dès l’inscription on est un peu dérouté. En effet, le village des exposants et le Check-In athlète se déroulent dans un grand Hôtel, le Shangri-La, dans les salons climatisés aux moquettes feutrées. Le parc à vélos également peut surprendre. C’est un mélange de machines de guerres amenées par les Européens, Américains ou japonais qui ont investi dans du matériel dernier cri mais également des vélos beaucoup plus sommaires où les cale-pieds font encore office de fixation. Sur cette course on assiste à la cohabitation de deux mondes. Les habitués du circuit Ironman venus chercher une qualification (ou slot) pour le championnat du monde d’Ironman 70.3 qui se déroulera à Nice en septembre 2019 et des néophytes de la discipline s’engageant sur le premier triathlon ou n’ayant comme expérience que la première édition courue en 2018.

 

C’est un choc des cultures mais qui se déroule dans le respect et l’échange. La fraicheur de l’esprit pionnier des néo triathlètes Sri lankais venant rappeler aux Ironmen plus expérimentés que l’important est le dépassement personnel, chacun à son niveau. Les bénévoles présents tout au long du parcours auront déployé une énergie et un enthousiasme exemplaires aidant les concurrents venus au bout du monde à venir à bout des conditions caniculaires. Pour mieux décoder cette épreuve, Denis Crassier, cadre français de Véolia expatrié au Sri Lanka, nous a servi de guide. Il nous présente l’équipe organisatrice à l’origine de ce projet de course au label Ironman au Sri Lanka. En effet pour implanter une telle course, il faut soulever des montagnes et déployer une énergie énorme pour concilier les exigences financières et opérationnelles d’une course aux standards Ironman et les moyens existants au Sri Lanka. Le trio d’organisateurs s’est bâti telle une équipe de relais avec chacun sa force et sa spécialité.

UN TRIO DE CHOC A LA TETE DE LA COURSE

Tout d’abord Yasas, le cycliste, banquier Sri Lankais, qui a tout arrêté pour se consacrer au vélo en créant, Spinner, un café du cycliste près du parlement. Créateur de Vroom, club de vélo de Colombo, il organise les premières courses de vélo dignes de ce nom, autour et à travers l’île. Traversée Nord-Sud ou Tour du Sri Lanka, plusieurs formats sont au programme. La passion du triathlon est venue de sa rencontre avec Radjan, le deuxième membre du relais organisateur.

Rajan est le Sri Lankais le plus capé en triathlon. 18 Iroman full distance à son actif, 20 half-Ironman. Il est le premier Sri Lankais qualifié pour Kona. Directeur de course, il mettra son expérience au service de ce half-Ironman de Colombo qui obtiendra une note de satisfaction des coureurs de 91,5 sur 100 dès la première édition, plaçant cette épreuve à la première place des courses Ironman en Asie.

Enfin pour compléter le trio, il fallait un nageur, c’est Julian Bolling qui prend en charge cette partie. Légende de la natation au Sri Lanka, il est le seul athlète du pays à avoir participé à 3 olympiades (Los Angeles, Séoul et Barcelone). Il a mis tout le poids de sa renommée dans l’organisation de cette course. Il a mouillé le maillot encore une fois.

Ce trio de choc a su tisser un réseau de sponsors locaux pour boucler le budget de l’épreuve. Leur engagement pour le handicap (après 30 ans de guerre, les mutilés sont nombreux au Sri Lanka) et le développement du pays par le sport sont des valeurs qu’on trouve bien présentes sur cette course. L’esprit de cette course est également une particularité. Le maître mot des organisateurs est «Unicité dans la diversité». En effet, après 30 ans de guerre et de tension entre les communautés, le pays a besoin de symboles forts pour unifier le pays. Le sport en fait partie.

Les forces armées par exemple sont mobilisées pour organiser l’épreuve mais également pour participer à la course avec de nombreux relais notamment. Les différentes communautés et religions sont présentées notamment à travers plusieurs relais.

On peut noter la deuxième participation de Punchi Banda, un membre de la communauté Véda (voir portrait), tribu indigène du Sri Lanka, cueilleurs et chasseurs. Il a fait la 1ère édition en 2018 terminée en 6 h 29. Avec un vélo rudimentaire. Il a mis pour la première fois des chaussures 10 jours avant l’épreuve. Il est revenu avec de l’expérience et a amélioré son temps avec son vélo vintage de 25 minutes et finissant en 6 h 04 ce millésime 2019.

La deuxième édition de cette épreuve s’est donc déroulée le 24 Février 2019. On retiendra de cette course un mélange de profils très différents venus avec des objectifs finalement assez similaires : se dépasser pour poursuivre leur passion et pourquoi pas participer aux championnats du monde de la discipline à Nice en Septembre.

Beaucoup de surprises attendaient les athlètes sur cette course et la victoire d’un Américain et d’une Singapourienne chez les filles (Ling ErChoo) illustre bien ce mélange de culture qui domina cette épreuve.

Le parcours propose aussi un fort contraste entre le Colombo ancien qui s’est bâti au gré des influences européennes : portugaises, hollandaises et surtout anglaises. Le parcours vélo passe entre les bâtiments de style colonial. Et le Colombo nouveau qui sort de terre avec un projet pharaonique d’une presqu’île qui doit positionner la ville parmi les capitales asiatiques qui comptent au 21ème siècle.

 

L’IRONMAN 70.3 DE COLOMBO PLACE AUX FEMMES

La diversité valeur importante de cette course se retrouvait aussi dans le taux de féminisation des participants. En effet avec 21 % de femmes au départ, cette course était au-delà des taux moyens constatés sur ce type d’épreuve surtout en Asie. Cette féminisation avait eu le soutien marqué de Julie Moss, légende de ce sport qui avait marqué les esprits à Hawaï en 1982 en arrivant totalement épuisée sur la ligne d’arrivée. A plus de 60 ans, Julie Moss soutient le développement du triathlon au féminin et toutes les triathlètes femmes avaient été invitées à déjeuner la veille de la course. Avec l’aide de Denis Crassier et du club de Colombo, la représentation féminine Sri Lankaise était d’ailleurs en fort développement cette année. Dans un pays où la condition féminine est difficile et où les femmes doivent gagner en reconnaissance et en confiance en elles, le triathlon peut être un vecteur positif pour leur condition. On retiendra les sourires des néo-triathlètes femmes et la joie de Puvini Kahandawala première Sri Lankaise à décrocher une qualification pour les championnats du monde Ironman 70.3 à Nice en Septembre prochain (voir témoignage. RESPIREZ a mis en place une cagnotte pour l’aider à réaliser son rêve et à financer son voyage à Nice.

 

L’HÔTEL SHANGRI-LA - COLOMBO

Un des sponsors principaux de cet épreuve et lieu des préparatifs et des célébrations des performances, est l’hôtel Shangi-La. C’est finalement un acteur important de l’épreuve. Lieu de rassemblement des athlètes, centre de presse, cet hôtel haut de gamme a réussi à recevoir la course avec simplicité et efficacité. Si le prix des chambres n’est pas dans les moyens de tous les athlètes, il est possible de résider dans différents hôtels assez proches (le Fairway par exemple) et venir profiter des installations et de la qualité de la restauration du Shangri-La. Le petit déjeuner buffet (à 12 € par personne) est un bon moyen de se préparer nutritivement à l’épreuve. On retrouve toute la gentillesse du peuple Sri Lankais dans le service proposé par ce jeune hôtel en lancement. Le SPA post course est un mode de récupération assez efficace également. Pour les prochaines éditions, le choix de l’hôtel est important surtout quand la mise à l’eau est à 6 h 15. Être installé au Shangri-La où dans un hôtel très proche est un atout pour la course. (NDLR : nous n’avons pas résidé dans cet hôtel ni été invités, par contre nous avons testé la qualité de son service et de sa gastronomie et c’est pour cela que nous le recommandons).

 

IRONMAN 70.3 COLOMBO EN CHIFFRES :

2ème édition le 24 Février 2019

Nombre de participants : 700 triathlètes dont 545 individuels

Nombre de nationalités : 58 nationalités

Taux participation de femmes : 25 %

Nationalités représentées :

Sri Lanka : 96 Athlètes = 18%

Inde :  93 Athlètes = 17%

Royaume Uni : 52 Athlètes = 10%

Australie : 36 Athlètes = 7%

USA : 27 Athlètes = 5%

France : 26 Athlètes = 5%

Témoignages de 6 Français engagés sur l'IRONMAN 70.3 de Colombo

(cliquez sur les images)

Portraits de 3 Sri Lankais engagés sur l'IRONMAN 70.3 de Colombo

(cliquez sur les images)

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