Ultra Triathlon Napoléon – Le Défi de Sébastien Truchi

Le défi de Sebastien Truchi

Jamais rassasié…

Sébastien Truchi n’aborde la compétition que par sa version extrême. Soit en s’engageant sur les triathlons les plus dantesques du calendrier, soit en « dessinant » lui-même des défis hors normes, comme cet Ultra Trail de Napoléon organisé l’été dernier, pour la bonne cause…

Pourquoi faire des choses simples quand on peut les rendre extrêmes ? C’est un peu la devise qu’on pourrait affubler à Sébastien Truchi, un sportif de l’extrême grassois, commercial dans le parfum depuis peu, et accessoirement professeur de violon et concertiste émérite. Un profil atypique qui n’aborde le sport que dans une version extrême, et depuis toujours. Pour arrêter de fumer en 2008, il se met en tête de devenir prof de ski : « N’ayant jamais passé un piquet de ma vie, je me dis qu'à défaut d'avoir la technique et le passé de compétiteur, pour y arriver, il me faudra déjà "avoir la caisse" » se souvient Sébastien. Dans cette optique, il débute alors la course à pied, puis passe rapidement à « l’échelon supérieur » : en août 2012, il découvre le monde du triple effort, mais saute la case du triathlon découverte ou sprint, pour s’inscrire d’emblée sur les longues distances : l’Ironman de Nice, enchaîné, un peu sur un coup de tête, sur l’EmbrunMan. Sa progression dans l’Extrême passe ensuite logiquement par des épreuves encore plus ardues : le Celtman et le RockMan SwimRun en 2014, l’Austria Xtreme triathlon en 2015, le Swissman et l’Evergreen 228 en 2016, à défaut de pouvoir participer au Norseman, qui le fait tant rêver.

Mais le défi le plus fou est le fruit de sa pure imagination, toujours débordante : il aura pour nom l’Ultra Triathlon Napoléon (UTN). Un défi personnel, réalisé l’été dernier au profit de l’association Adrien (*). Le principe est limpide : d’abord traverser les Bouches de Bonifacio à la nage (16,4km), puis faire le Tour de la Corse en vélo, et enfin conclure ce triptyque démoniaque par le GR 20.

Du 15 au 20 août 2016,

Sébastien s’élance donc, le cœur bien accroché, à ce gargantuesque challenge. Il plonge dans la Méditerranée à Santa Teresa di Gallura, et rejoint, 5h21 plus tard, la plage de Piantarella, à l'Est de Bonifacio. Encadré par des kayaks, dont l’un tracte une corde utilisée comme une ligne de vie que Sébastien suit pour ne pas trop dévier de la trajectoire optimale, il subit les courants, se protège des méduses en se laissant pousser une épaisse barbe, et lutte contre le mal de mer durant les 3 derniers kilomètres.

Après une pause régénératrice d’une heure et demie, il est temps d’enchaîner avec le tour de l’île en vélo. 550km au programme, accompagné le plus souvent de Christophe Santini, mais aussi de sportifs insulaires croisés sur la route, ou alertés par ce défi hors normes. Sébastien doit lutter contre le sommeil, et avaler l’important dénivelée du circuit, tracé entre Bonifacio et Conca.

La route est bouclée, tant bien que mal, en 32h28. Reste sans doute le plus gros du morceau. Le GR 20, à lui tout seul, est déjà un défi immense. Imaginez quand on doit l’enchaîner après 5h30 de natation et plus de 32 heures de vélo… La progression sera lente et difficile, mais jamais Sébastien n’abdiquera, malgré le relief et la fatigue accumulée, et grâce aux encouragements de son staff et des nombreux randonneurs croisés sur ce long sentier. 79h34 après son départ de Conca, il parviendra à boucler son périple, à Calenzana, éreinté.

Ses efforts surhumains lui auront permis en outre de récolter 5000 euros pour l’association Adrien. Sans doute la plus belle des récompenses pour Sébastien !

 

(*) association caritative qui oeuvre pour les enfants malades - http://associationadrien.org/

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L’UTN en chiffres

16,4km de natation en 5h21

550 km de vélo en 32h28, pour 9.721m D+

201 km/13.137m D+ de trail en 79h34

5 jours, 7 heures et 54 minutes pour boucler la boucle

5000 euros récoltés pour la Maison d’Adrien

 

Interview :

« Passionnant, ce qu'on peut faire de son corps »

- Sébastien, qu’est ce qui a été le plus compliqué à gérer dans ce défi ?

Clairement, le rapport aux media ! J'ai envoyé des milliers et des milliers de mail pour parler du projet, pour parler de l'Association, je n'ai eu pratiquement aucune réponse. J'ai organisé deux conférences de presse avec les partenaires et le Maire de ma ville, même Nice-Matin et France 3 ne se sont pas déplacés. J'ai perdu beaucoup de temps et d'énergie, et le retour médiatique a été franchement très moyen... Ça a été hyper décevant de se dire qu'on se dévoue corps et âme pendant 2 ans à monter un projet pharaonique, une première mondiale pour récolter des fonds pour les enfants malades, et que finalement l'impact en aura été très faible, quasi-nul. J'ai adoré monter et réaliser ce projet, mais c'est un peu déprimant et décourageant pour en monter d'autres à l'avenir.

- Quels sont les souvenirs qui te resteront gravés à jamais durant cette épopée ?

A force de s'engager sur des courses de plus en plus difficiles, on en oublie de plus en plus vite les "mauvais" souvenirs de fatigue, de souffrance, d'envie de renoncer... En revanche, ce qui restera à jamais gravé, ce seront les merveilleuses rencontres avec les sportifs corses qui m'ont accompagné tout au long de cette aventure et les moments de complicité avec mon équipe de soutien qui était entièrement dévouée à m'apporter tout ce dont j'avais besoin tout au long périple. J'aime bien dire qu'avant d'être une aventure sportive, c'était surtout une aventure humaine !

- Pourquoi avoir toujours ce besoin d’extrême, de dépasser ses limites ?

J'ai commencé le triathlon en août 2012 (et on pourrait presque dire "le sport" même), et ce sport d'endurance me passionne essentiellement à deux niveaux.  La première, c'est l'émotion d'une finish line. Chacun la ressent à son niveau, par exemple mon premier frisson a été pour mon premier 10km... Et pour retrouver à chaque fois cette sensation, j'ai l'impression d'avoir besoin de "rajouter" quelque chose à l'objectif suivant: un peu plus de distance, un peu plus de difficulté, un peu plus d' "extrême"...

La deuxième chose qui me fascine, c'est le corps humain et son éternelle faculté d'adaptation. Je me dis qu'il y a 4 ans, je ne pouvais pas traverser le bassin de 25m sans me noyer, je ne savais pas faire de vélo, et je souffrais de périostites qui m'empêchaient de courir. Alors qu'aujourd'hui, je sors d'un périple de plus de 5 jours et presque 800km sans aucune courbature et une malheureuse petite ampoule au pied le dernier jour. Je trouve ça incroyablement passionnant ce qu'on peut faire de son corps avec de la volonté et un peu de rigueur! Plus j'y pense, et plus je me dis qu'il n'y a aucune autre limite physique que celle qu'on s'impose...

- Dans la vie de tous les jours, comment s’exprime ce caractère « jusqu’au boutiste » ?

Et bien, je dirais qu'effectivement, quand j'ai une idée en tête je ne l'ai pas ailleurs! Sans pour autant faire les choses sur un coup de tête, je pense qu'il est assez rare qu'après avoir décidé quelque chose je fasse machine arrière. Je suppose que le revers de la médaille est peut-être d'avoir plus de mal à accepter les notions de lâcher-prise et d'échec.

- Quels projets « gargantuesques » projettes-tu pour les années à venir ?

Dans l'immédiat, hormis les quelques courses auxquelles je souhaite participer dans les années à venir, je ne veux rien fixer dans le marbre. J'ai un projet plus "familial" qui m'attend en février et pour lequel je veux me dévouer à 100% ! Mais, sous la torture, j'admettrais sans doute avoir déjà quelques idées dans le coin de ma tête, avec notamment un projet de natation ultra-longue distance sur une quinzaine de jours... On en reparle le moment venu ?

 

Par Luc Beurnaux – Photos Helen Anquetil, Audrey Truchi

 

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