Kilian Jornet : deux Everest en une semaine

Le Catalan Kilian Jornet a réussi l’exploit de gravir l’Everest sans oxygène et sans cordes fixes deux fois en une semaine…

On le surnomme habituellement « l’ultra-terrestre ». Son nouvel exploit sur le Toit du monde va conforter cette image d’athlète-alpiniste invincible. Révélé sur ultra-trail, où il a remporté toutes les grandes compétitions internationales, dont 3 fois l’UTMB, mais aussi en ski-alpinisme où il domine la disicpline, Kilian Jornet avait ces dernières années mis le trail légèrement entre parenthèses pour se consacrer à un projet fou, baptisé Summits of My Life.

Elevé en refuge d’altitude dès son plus jeune âge, féru de montagne et d’alpinisme, le prodige catalan avait donc imaginé venir à bout des plus grands sommets de la planète, sur le mode minimaliste. Mont Blanc, Cervin, Acacongua, Elbrouz, McKinley, étaient autant de sommets sur sa « to-do-list », qui devait se terminer en apothéose par l’ascension de l’Everest.

Depuis 2012, il s’était donc attaqué à son projet gigantesque, avec seulement un échec sur l’Elbrouz, et une première tentative avortée sur l’Everest l’an dernier. En septembre 2016, Kilian et ses compagnons n'avaient en effet pu faire aucune tentative d’ascension, en raison de conditions météorologiques très difficiles.

Cette année, ils avaient donc choisi de changer de saison et opté pour le printemps. Les conditions météorologiques ont été relativement favorables pour l’équipe, qui a pu s'acclimater dans de bonnes conditions et se préparer à l’ascension.
 
Avant l’Everest, Kilian Jornet avait passé deux semaines sur un autre 8 000m, le Cho Oyu (8 200 m). L'objectif de l’expédition était de bien se préparer pour l’Everest tout en essayant un nouveau type d'acclimatation, comme il l’explique : « En quatre semaines, nous avons fait deux sommets de plus de 8 000 m, ce qui semble indiquer que notre acclimatation a été bonne. Nous nous sommes entraînés en hypoxie pendant quelques semaines et nous sommes allés nous acclimater dans les Alpes avant de venir. Ce type d'acclimatation express semble fonctionner et le corps se fatigue moins. Cela permet d’être plus fort le jour du sommet. »
 


Le 15 mai, depuis le camp de base avancé, à 6 400 m, Kilian avait fait un aller-retour à 8 400 m en un peu moins de 9h. Son objectif était d'une part, de s’acclimater, et d’appréhender le terrain. En montant, il s’est rapidement rendu compte qu'il ne serait pas possible de monter par le couloir Norton ou le couloir Hornbein comme il avait prévu de le faire au départ ; il y a avait beaucoup trop de glace dans la voie et cela aurait pu être dangereux.

Finalement, Kilian s’élançait pour sa première tentative le 20 mai à 22 heures, du camp de base de l’Everest, situé au niveau de l’ancien monastère de Rongbuk (5 100 m) ; il lui aura fallu 26 heures pour atteindre le sommet situé à 8 848 m, en empruntant la voie normale tibétaine, située dans la face nord la plus haute du monde.

Généralement, les expéditions ont besoin de quatre jours pour atteindre le sommet depuis le camp de base avancé.
 
38 heures après son départ, en arrivant au camp de base avancé, il expliquait :
« Je me suis senti très bien jusqu’à 7 700m, j'avançais conformément à ce qui était prévu, puis j’ai commencé à me sentir moins bien, probablement à cause d’un virus à l’estomac. À partir de là, j’ai avancé beaucoup plus doucement, en m'arrêtant régulièrement pour récupérer. J'ai finalement atteint le sommet à minuit. »
 
En raison de cette indisposition, Kilian Jornet a décidé de conclure son challenge en s'arrêtant au camp de base avancé et non au camp de base de l’Everest, situé au niveau de l'ancien monastère de Rongbuk, comme c’était prévu initialement.
 


Mais le plus fou, finalement, était que le Catalan allait réitérer son exploit une 2e fois en une semaine. Le 27 mai dernier, il allait conquérir en effet pour la seconde fois le toit du monde. Il passait par la Face Nord, toujours sans oxygène et sans l’utilisation de cordes fixes. Parti du camp de base avancé à 6 400 m d’altitude pour atteindre le sommet 17 h plus tard (le record sur cet itinéraire étant toujours la propriété de Hans Kammerlander - 16h45 en 1996), Jornet revenait au point de départ 28h30 après. « Je suis content d’avoir fait le sommet à nouveau ! Aujourd’hui, je me sentais bien, il y avait beaucoup de vent, il était difficile de progresser rapidement. Je pense que de gravir le sommet de l’Everest deux fois en une semaine sans oxygène ouvre de nouvelles possibilités en alpinisme et je suis vraiment satisfait » déclarait « l’ultra-terrestre », qui sortait sain et sauf de ces ascensions qui ont vu tellement d’alpinismes chevronnés disparaître à jamais sur ces flancs de montagne.

Trois semaines avant la première tentative de Kilian, son ami suisse Ueli Steck, considéré comme le plus grand alpiniste du moment, dévissait et perdait la vie à l’abord du camp II de l’Everest… Son projet bouclé, Kilian va désormais pourvoir se re-concentrer sur le trail : il est annoncé sur le prochain UTMB, face aux derniers vainqueurs Xavier Thévenard et François d’Haene : beau spectacle en perspective !

 

Ses temps de progression sur l’Everest

 

Ascension N°1 -20 mai :

 

Camp de base de l’Everest (5 100 m) - Camp de base avancé (6 400 m) : 4h35

Repos de 2h au camp de base avancé

Camp de base avancé (6 400 m) - Sommet (8 848 m) : 26h (repos de 15 min au camp 3 à la montée et de 1h à la descente)

Sommet (8 848 m) - Camp de base avancé (6 400 m) : 38h

Ascension N°2 – 27 mai :  Camp de base avancé de l’Everest (6.400m) - Sommet (8.848m): 17h Sommet (8.848m) - Camp de base avancé de l’Everest (6.400m): 28h30

 

Le projet Summits of my Life

Il consiste à monter et descendre les plus hauts sommets du monde, le plus rapidement possible, en respectant les valeurs de l’alpinisme et un mode de progression minimaliste.

  • 2012: Cross Mont Blanc – traverser la chaîne du Mont Blanc et parcourir les 8 sommets du massif. Puis relier Courmayeur à Chamonix par une des voies les plus impressionnantes, la Innominata.
  • 2013: Mont Blanc 4.810 m. Aller-retour en 4h57
  • 2013: Mont Cervin 4.478 m – Aller-retour en 2h52
  • 2013: Mont Elbrouz 5.642 m – tentative ratée à cause des conditions de froid extrêmes
  • 2014: Mont McKinley 6.186 m – Aller retour en 11H48
  • 2014: Aconcagua 6.962 m – aller retour en 12h49
  • 2017 : Double ascension de l’Everest en une semaine.

 

SIGNATURE : Luc Beurnaux

 

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