Club de Running d’Antsirabe : sur les hauts plateaux malgaches

L’ENGAGEMENT SOLIDAIRE DE YANN MAYETTE POUR LE CLUB DE COURSE D’ANTSIRABE

Si vous voulez soutenir la pratique du trail par les coureurs malgaches et faire de ce sport un vecteur de développement, nous vous proposons de collaborer avec Yann Mayette qui dirige le club d’Antsirabe sur les hauts plateaux Malgaches. Rencontre avec ce français passionné et engagé :

YANN, QUI ÊTES-VOUS ?

Je m’appelle Yann Mayette j’ai 36 ans et je suis papa de deux enfants. Nous sommes installés depuis 3 ans à Antsirabe, ville située à 1500 mètres d’altitude sur leshauts plateaux Malgaches. C’est ici que je dépense mon énergie à essayer d’améliorer le quotidien des athlètes qui sont pour la majorité d’entre eux des tireurs de pousse-pousse.

QUEL EST VOTRE SPORT d'ORIGINE ?

Baigné dans l’athlétisme dès mon plus jeune âge grâce à mon père Jean Paul, entraineur et président de l’Athlétisme Club de Gespunsart (08) pendant 25 ans, je décide par esprit de contradiction de me tourner vers le football... Ce ne sera que reculer pour mieux sauter ou plutôt courir.

Au début des années 2000 je me rapproche une première fois des pistes en tartan lorsque que je rencontre ma compagne, Sarah Audouin alors demi-fondeuse. Elle était beaucoup trop rapide pour moi, je préfère courir derrière un ballon plutôt qu’avec elle.

En 2008 Sarah et moi déménageons à Montpellier et pour la première fois je me tourne vers d’autres sports comme la randonnée ou l’escalade. Après quelques années au Club Alpin Français je suis très attiré par les longues randos en montagne et j’éprouve un réel plaisir à être de plus en plus rapide en altitude. Je commence logiquement mes premiers trails et trop rapidement mes premiers ultras trails.

Mais la nature me rappelle rapidement à l’ordre en me faisant comprendre qu’il y a des étapes à respecter et que l’humilité dans cette discipline est un atout majeur pour progresser et perdurer.

En 2015 nous passons 6 mois à la Réunion, je m’entraine mieux et je progresse grâce à des personnes comme François Dumoulin (8eme du Trail Du Bourbon 2018). En 5 ans je participe à une douzaine d’ultras dont la CCC, le Grand Raid Réunion, l’échappée Belle, la Trans Gran Canaria ou encore l’UTMB (abandon au 40eme km).

Ces réussites mais surtout ces échecs me forgent une expérience qui reste à mon goût fade si elle n’est pas partagée. Je commence alors à conseiller et à entrainer des amis qui se lancent dans l’ultra.

ET QU’EST-CE QUI VOUS AMÈNE À MADAGASCAR ?

En avril 2017 nous prenons la décision de partir à Madagascar pour suivre la carrière professionnelle de Sarah, j’assume alors mon statut ‘’d’homme d’expat’’ en me disant que j’aurai du temps pour m’entrainer.

Après le Grand Raid Réunion 2017 des problèmes de santé m’empêchent de courir un long moment. Me voilà donc sans compétition pendant 2 ans. Je décide rapidement de courir par procuration et de dépenser toute cette énergie au développement du club de ma ville le Crown Athletics Club, que je préside depuis septembre 2018.

En voyant le niveau et la motivation des coureurs malgré le manque de moyens je commence par financer personnellement les déplacements les plus importants afin que ces athlètes puissent au moins participer aux différents championnats de Madagascar. Grâce au partenariat avec La STAR brasserie du groupe Castel, nous pouvons bénéficier de leur stade d’entrainement et préparer la saison sur piste.

COMMENT EST FINANCÉE L’ACTIVITÉ DE CE CLUB ?

Après une première saison financée par mes propres deniers, je propose aux athlètes d’organiser une course afin de les responsabiliser et surtout de rendre la situation du club plus durable.

Tous ces efforts commencent à faire du bruit et c’est à ce moment-là que Stéphane Thamin (organisateurs des Trails Solidaires de Madagascar) me contacte pour me donner un coup de pouce. Il va inviter des coureurs du club sur ses différents évènements mais il va surtout parler de mes actions autour de lui.

QUELS AUTRES SPORTS COUVREZ-VOUS ?

Nous organisons un duathlon, en relais (par équipe de 2). Cela permet à un plus grand nombre de coureurs de pouvoir participer car il n’y a besoin que d’un vélo pour 2. Je n’oblige pas non plus le port du casque même si je le recommande fortement car cela exclurait beaucoup de coureurs.

La première étape se déroule sous forme de relais Duathlon (un coureur + un cycliste) puis la seconde étape est de type Run and bike. A la fin on additionne les temps des deux épreuves.

Ces épreuves se déroulent le long de l’avenue de l’indépendance à Antsirabe. Cette première édition nous a permis d’ajuster les distances suivant les catégories mais surtout de familiariser coureurs et éducateurs sportifs à cette nouvelle discipline. Expliquer le règlement du Run and Bike n’a pas été une chose facile.

Cet événement est organisé en partenariat avec l’école française d’Antsirabe et est réservé aux établissements scolaires. Nousavions rassemblé près de 120 jeunes pour cette première édition.

ET QUELLES SONT LES PERSPECTIVES DU CLUB ?

En 2 ans notre club a bien évolué. Nous sommes passés de 10 à 40 adhérents réguliers. Pour les équiper, j’ai commencé par remplir mes valises de vieilles chaussures lors de mes retours de France et me voilà maintenant avec 2m3 de matériel dans un conteneur. Des jeunes motivés viennent rejoindre le club chaque mois et le Trail du Mandray que nous organisons affiche cette année une 2eme distance (14 et 30km). Les collectes de matériel que nous faisons en France s’enchainent et nous pouvons équiper de plus en plus de coureurs Malgaches.

Bien sur il n’y a pas eu que des bons moments, les problèmes de santé de certains athlètes ralentissent la dynamique du club mais dans l’ensemble le Crown Athletics Club évolue mora mora (doucement doucement) et il prend j’en suis sûr la bonne direction.

Ma famille et moi avons décidé de rester encore plusieurs années à Antsirabe ce qui me laisse le temps de consolider cette base commencée afin que le club puisse un jour continuer sans moi.

ET COMMENT PEUT-ON VOUS AIDER ?

Le sport est un formidable vecteur de développement. Il donne un but à la jeunesse malgache et forge le mental comme le physique. Les besoins sont immenses si on veut pouvoir accompagner ces jeunes sportifs. La féminisation du club est aussi un défi qui portera ses fruits sur l’amélioration de la place de la femme et son émancipation. Trouver du temps libre pour les jeunes femmes relève du miracle. Nous n’avons que 4 ou 5 féminines dans le club ce qui est assez peu et il y a un grand réservoir de vocations à susciter et à aider. Nous faisons de notre mieux pour les motiver (dons d’équipements, aménagement des horaires et des lieux d’entraînement pour limiter leur temps de trajet).

En dehors des deux trails que nous organisons nous ne pouvons emmener que 6 à 8 coureurs sur les autres courses. On manque de budget pour le transport, pour l’hébergement et pour les repas de ces coureurs sur les courses. Les frais d’inscription aux courses sont aussi très élevés pour le budget de tireurs de pousse-pousse. On estime entre 2.000 € et 3.000 € nos besoins supplémentaires sur toute l’année 2020 pour féminiser et développer la pratique de la course nature dans notre communauté.

On souhaite aussi former les coureurs à l’organisation et à l’encadrement de courses pour que ce savoir faire alimente le budget du club.

QU’EST-CE QUE LE SPORT APPORTE AUX MEMBRES DE VOTRE CLUB ?

Comme on peut s’en douter, cette question n’est pas simple. Notre club est composé de coureurs de milieux très différents, je vais essayer de répondre par rapport à ce que je ressens car comme tout malgache des hauts plateaux il est très difficile de savoir ce qu’ils pensent vraiment.

Je vais commencer par les athlètes ‘’élites’’, ils sont presque tous tireurs de pousse-pousses avec des revenues de moins de 10 000 Ariary par jour soit 3,5 euros. Pour eux la course à pied c’est toute leur vie. Ils sont convaincus que de tirer des pousse-pousses toute la journée c’est le meilleur entraînement possible. Ils sont sérieux ne loupent jamais un entraînement et peuvent voyager grâce à ça.

Le matériel qu’on leur distribue est rangé minutieusement dans un coin pour ne pas être usé. Ces gars sont physiquement des machines, ils travaillent pour subvenir aux besoins de la famille mais ils ne pensent qu’à courir. Ils sont la locomotive du club et entraînent dans leur sillon les jeunes.

Certains pensent encore pouvoir un jour vivre de ce sport mais hélas il y a peu de chances.

Ensuite, nous avons les jeunes collégiens ou déscolarisés qui habitent loin. Ils ont pour modèles les coureurs élites du club, ils sont doués car ils parcourent tous les jours près de 10km pour se rendre à l’école ou en ville mais n’ont pas beaucoup de temps libre pour s’entraîner. Nous avons calé les entraînements par rapport aux horaires d’école. Pouvoir sortir de leurs villages pour s’entraîner avec le club est une grande chance. Il est très difficile de compter sur eux en saisons des pluies car il y a trop de travail aux champs. Les plus assidus sont récompensés avec une paire de chaussures et un tee-shirt mais la priorité reste le travail, certains disparaissent pendant la saison des pluies car ils sont embauchés dans les champs. Comment leur en vouloir…

Nous comptons également des coureurs d’écoles privés, ils sont généralement moins performants que ceux des campagnes mais ils s’accrochent et font rapidement des progrès. Ils m’aident également pour la compréhension des échanges avec les coureurs car aucun ne parle français.

Même si elles sont rares, nous comptons également quelques filles. Elles viennent principalement d’une école privée et pratiquent la course à pied pour améliorer leurs performances en triathlon. Elles font partie des rares athlètes en triathlon de Madagascar.

Il est très rare de mélanger les genres à Madagascar mais notre club y arrive. Je reste convaincu que l’ensemble de mes coureurs s’épanouissent à travers ce sport, je prends un énorme plaisir à les regarder courir et surtout à les suivre sur les compétitions. C’est un lieu de mixité, de partage et d’évasion pour certains.

Aux derniers championnats de cross country à Antsirabe j’ai adoré voir les coureurs élites accompagner les plus jeunes. Ils étaient à leurs côtés pour les encourager. Même si je prends un réel plaisir à obtenir des titres ou des trophées je reste toujours très fier de voir vivre le groupe.

Fulgence est un modèle (coureur le plus titré de Madagascar à 43 ans) il passe son temps à conseiller les plus jeunes, je le fais encore voyager sur les sélections à la capitale car il apporte un plus à tout le groupe.

Donc pour répondre à la question, je nesais pas exactement ce que la course à pied apporte dans leur quotidien mais je sais que ça change leur état d’esprit. Ces gars sont des battants la course à pied leur prend plus qu’elle leur apporte matériellement. Peu de Malgaches dépensent autant d’énergie gratuitement alors qu’il est compliqué de se trouver à manger….

Une chose est sûre, c’est que ces coureurs m’apportent beaucoup plus que ce que je ne leur apporte.

Le magazine RESPIREZ a décidé d’aider Yann à développer l’activité de son club et sa féminisation. Une levée de fonds sera organisée au printemps pour aider à développer la pratique du trail et de la course nature à Antsirabe.

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